Exil #3 Et apres

23 images

Pour formaliser l'Exil avec des femmes exilées, nous sommes partis de l'idée du déplacement physique, en matérialisant tout au long de la pose une chorégraphie décidée ensemble. Nous avons joué le passage, enregistré sa trace dans une lumière ambiante, jusqu'à la posture de la pose, d'un l'éclair du flash. Parfois aussi le passage file après la pose. On parle d'un état antérieur et d'un état actuel des possibles.

L'installation est associée à la bande son composée par Alain Michon à partir des voix et mélodies des femmes évoque l'enfance.

Exposition du 24 juin au 4 août 2012, Hall du théâtre Liberté à Toulon

Remerciements : CAAA, Pôle Jeunesse Saint Jean du Var, théâtre Liberté.

 

mont exil3 from alainmichon on Vimeo.

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Les prises de sons, par lesquelles nous avons commencé, ont mis en jeu le corps en faisant appel à la mémoire de l’enfance. Femmes elles ont bercé, raconté, chanté pour calmer, dissiper des douleurs et des peurs. Ces voix ont un grain, par leur couleur et leur timbre, elles nous ouvrent sans drame ni cliché le chemin de leur histoire. Pascal Fayeton, Alain Michon

L'installation composée des photographies et de 2 bandes sonores sont le fruit d'un atelier avec des femmes exilées avec qui nous avons voulu évoquer une chose de leur déplacement par cette création.
Pour cette série, la lumière continue et l'éclair du flash se règlent sur le déplacement convenu ensemble, (par exemple de l'avant vers l'arrière). À chaque prise de vue que nous avons mis au point retrace un parcours. L'image composée interroge le moment, l'identité, les choix. La rencontre précédente avec les travailleurs émigrés retraités (théâtre Liberté, février 2012) nous avait fait rechercher la recomposition artificielle de l'instant par l'assemblage de différentes prises mais ici tout se passe sur le moment et rejoint notre tentative de saisir le "temps d'après", sujet de nos Pénélopes (théâtre Liberté, décembre 2011). Notre travail rend compte, avec ses tentatives, de l'expérience partagée avec ces femmes durant ces ateliers sur l'exil et touche une notion de temps dans une matérialité, une épaisseur, une aura, qui pour nous révèle l'impermanence.

Moi, dans ma vie, je ne savais pas qu'un jour j'allais changer de pays. Accrochée sur un grand mur blanc, voici ma maison. Voici ! ma nouvelle vie a commencée.
Comme un jour de pluie qui tombe sur la feuille d'un arbre.
Ce pays, la France, c'est très agréable. Il fait toujours chaud. Pour moi c'est comme un cadeau. Un grand cadeau.
En Sibérie, il fait trop froid. Avec l'âge, on a toujours froid et on a besoin de se réchauffer.
Depuis qu'on est là, c'est sûr que j'ai souffert. Parce que, comme mon pays était en guerre, j'ai perdu mes frères, ma mère, je ne les ai pas revu. Et on n'a pas manqué ni de nourriture ni de travail. Mais ce déracinement.
On avait 25 ans, disons, avec cinq enfants. Mais pour tenir mes enfants à la maison, ça non, je n'avais pas peur. Parce que je savais comment on tient l'économie, comment on tient une maison. Tout ça c'était bien en tête. Mais j'ai souffert plus de la guerre, de laisser tout derrière.
Mon mari m'a dit qu'on rentrera dans trois mois, ou six mois après… Et ça fait bientôt quarante ans. Trente-huit ans déjà !
Je suis venue du Sénégal pour retrouver mon mari. Je m'inquiétais pour moi-même. À cette époque, il n'y avait pas beaucoup de noirs par ici. Toute seule, j'étais un peu perdue. Je suis arrivée ici avec un seul enfant. Après, quatre sont nés ici. Nous avons beaucoup marché avec mon mari. À propos de changer de pays. J'ai vu tout changer pour moi. Parce que quand j'étais chez moi, je me débrouillais, je faisais mon business. J'avais de l'argent. Mon mari tout près, mes enfants… Je ne savais pas qu'un jour, je pourrais vivre seule. Sans mari. Sans enfant. Avec le manque.
Mais le fait de changer de pays, ça me donne aussi les idées, ça me pousse aussi à la sagesse. C'est la vie. Ce n'est pas toujours des hauts, il faut aussi des bas. C'est la sagesse. Parce que seulement des biens, ce n'est pas bon. Il faut des cas grave aussi pour te donner de l'expérience.
En tant que grande femme, qu'est-ce que je peux dire aux enfants. C'est bien pour moi aussi.
Le pays, tu le sens. L'odeur de la mer. J'aime bien la verdure, la nature. J'ai peur. C'est vrai. L'avenir… J'ai laissé toute ma famille là-bas. C'est ça qui me fait peur. Mon grand-père était français. Mon arrière grand-père, était français. Tous mes parents étaient français. Les parents de mon mari. Je n'ai pas changé de papiers en venant d'Algérie. Nous ne sommes pas tous des immigrés. Nous, on est français. Je n'ai pas changée. On a toujours été français. C'est un homme et une femme, qui, avant… Amour. Maintenant, beaucoup de neige, toutes les traces sont cachée. L'amour est fini.
Je chantais beaucoup en Russie.
Une barque sur la mer, silence. La voile a besoin de la tempête. J'ai besoin de la tempête. J'aimerais bien avoir mon bac. Pouvoir écrire tout ce que je dois écrire. Chanson (Demain, il est un nouveau jour, on va éteindre la lumière) Je suis déjà une grande femme. J'ai beaucoup d'expériences. C'est ce qui me donne les idées, la sagesse.
Et puis quand j'étais chez nous, aussi, j'étais une femme qui coupait des femmes, donnait idées, des conseils. C'est une classe pour moi, parce qu'on m'a mariée. J'étais une jeune femme. Et puis, tout à coup on nous a données une formation par les curés de la paroisse. J'étais une petite femme qui coupait des grandes femmes.
Écoutez la suite !

Installation pour Exils

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