Par Simone Dompierre

Les couleurs intrigantes expriment la ville alors que la température monte. Les carpes souffrent du manque d’eau, métallisées, en brillance sur blanc mousseux. Les climatiseurs ajoutent leur masse sur les toits au-dessus des murs verts. Le balcon comme une structure parallélépipède en suspension, les fenêtres se distinguent par leurs teintes diversifiées, la chaleur est peintre… Les ponts se déréalisent sous le fuschia, le rouge...parfois le beige, la teinte éclaircie dessine un espace, la voiture bleue occupe une très grande place dans le champ de la photographie d’immeuble… les escaliers sur la butte en bordure du fleuve n’empêchent pas la vue du ciel orange sur la ville en arrière-plan, ni les reliefs de l’ancienne usine AZF… l’arbre subsiste en rose, violet. La ville ne mériterait plus son épiclèse. Pascal Fayeton en tend une image différente ; ses photographies sont métaphores en haute couleur de l’urbanisme touché par les changements climatiques et du monde et les changements de notre être au monde.

Cependant les habitants même si peu nombreux, dans la chaleur, habitent la ville. L‘axe de prise de vue ne les réduit pas, la vue est à hauteur d’homme – rarement le plan dépasse le demi ensemble. La femme en robe légère marche sur le pont aux lampadaires, une autre y est assise sur le banc estival ; les deux enfants en chemise avec palmier et tee shirt à message de marque suivent le bord de l’eau ; un ouvrier tee-shirt à raies, penché travaille, derrière la barrière, près du camion-bétonnière, devant l’immeuble, un arbre en amorce alors que diverses nuances de bleu marquent les éléments y compris son outil ; parfois des figures géométriques se confrontent aux couleurs qui dépassent leur minimalisme. Ce n’est pas une suite de The Green House de Sandy Skoglund ou des chiens sculptés de bleu intense assis occupent tous l’espace d’un grand salon vert dans le choc coloré, en cibachrome de 134x184 ; ni celle de Ouka Leele suivant son enfant en portrait n/b argentique qu’elle peint à la main et à l’aquarelle.

Pascal Fayeton n’est pas un néo-quelque chose en isme, même s’il réhabilite malgré le constat de Benjamin, pour les images mécanisées, non faites de la main, l’« aura » de chaque image.

Auteure : Simone Dompierre

Pascal Fayeton à l'ENSAV, Toulouse